Citoyenneté numérique : le projet primé d’une classe de CM1-CM2
« Connaître les dangers d’Internet, c’est bien. S’appliquer à soi-même les règles de vigilance, c’est mieux. » C’est à partir de ce constat, et face à des cas concrets de cyberharcèlement parmi ses élèves, qu’une enseignante de CM1-CM2 de l’Aisne a imaginé un projet de citoyenneté numérique ambitieux. En s’appuyant sur son vécu et sur les outils collaboratifs de l’ENT, la classe de Bertille Remoleux a décroché la deuxième place au concours académique sur la citoyenneté numérique. De la libération de la parole en classe à la création d’un Cahier multimédia primé, découvrez comment cette classe a transformé une difficulté du quotidien en véritable réussite collective.
Répondre au cyberharcèlement par la pédagogie
Tout commence par un constat de terrain, familier de nombreux enseignants. L’année dernière, Bertille fait face à plusieurs situations de cyberharcèlement impliquant ses élèves. Des conflits nés le week-end sur les réseaux sociaux, qui finissent inévitablement par franchir les grilles de l’école, et ce malgré l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
« Le déclic est vraiment parti de ce vécu », confie l’enseignante. « Les enfants connaissaient les dangers d’Internet en théorie, mais en pratique ils n’étaient pas vigilants. Il fallait leur donner des clés. »
S’appuyant sur le programme d’EVAR (Éducation à la Vie Affective et Relationnelle) et sur l’opportunité d’un concours académique, elle décide de lancer un grand projet de citoyenneté numérique.
Des élèves acteurs de leurs propres solutions
Pour capter l’attention d’élèves de 9-10 ans, pas question de dresser une simple liste d’interdits. « Je ne voulais justement pas commencer par leur faire une liste de dangers en leur disant simplement : « Attention à Internet ! ». Je voulais qu’ils puissent réfléchir à partir de leur propre quotidien », explique-t-elle.
L’enseignante donne alors la parole à ses élèves pour qu’ils identifient collectivement les usages d’Internet, ce que cela permet de faire, mais aussi les risques potentiels. Elle leur propose ensuite des mises en situation sous forme d’illustrations. Face à celles-ci, ils s’interrogent : est-ce une bonne attitude ? Y a-t-il un danger ? Comment réagir ? L’idée est de les rendre actifs, qu’ils ne soient pas de simples spectateurs, mais qu’ils cherchent eux-mêmes la bonne réaction.


À l’aide d’albums de littérature de jeunesse, de vidéos documentaires et de la charte de la citoyenneté numérique Vinz et Lou, les élèves débattent, argumentent et cherchent eux-mêmes des solutions. Ils en viennent alors à partager leur propre vécu. Une élève a notamment raconté les moqueries subies dans tout le village suite au partage de la photo d’une grimace. Ces échanges libèrent la parole et rendent le sujet d’autant plus concret.
« L’objectif était vraiment de partir de situations concrètes pour leur donner des réflexes : identifier un danger, protéger ses informations personnelles et respecter les autres », souligne Bertille Remoleux.

Le Cahier multimédia pour présenter un projet de citoyenneté numérique
Pour matérialiser ce travail et participer au concours, la classe décide de créer un Cahier multimédia qui récapitule l’ensemble de ce projet. C’est à cette occasion que Bertille Remoleux explore une nouvelle facette de son ENT. Si elle était plutôt habituée à utiliser le Blog de l’ENT Hauts-de-France, la découverte de l’outil Cahier multimédia a été une révélation pédagogique. Très simple à prendre en main, il s’est avéré être le support idéal pour documenter l’aventure.
« Il permet de présenter un projet de A à Z, avec les différentes étapes et la progression des élèves », explique-t-elle avec enthousiasme. « C’est beaucoup plus explicatif et parlant pour les parents. Grâce aux différentes pages, ils peuvent vraiment suivre le cheminement du projet. Cela donne une vision beaucoup plus complète qu’un billet de blog. »
La démarche se veut aussi profondément inclusive. Le format audio du rendu final et le travail à l’oral autour du Cahier multimédia (via le TBI) permettent à tous les élèves de s’investir pleinement : « Il y a dans les classes des profils d’enfants très différents. Certains ont des troubles dys, des troubles de l’attention ou de la concentration. Échanger à l’oral permet donc d’inclure pleinement les enfants en difficultés. Ils sont plus à l’aise, donnent leur avis. Ce type de projet les valorise beaucoup ! », se réjouit l’enseignante.

De la victoire au partage dans la Bibliothèque collaborative
L’investissement de la classe finit par payer : le projet de citoyenneté numérique remporte la deuxième place du concours académique. Lors de la remise des prix par l’inspecteur, l’émotion est palpable. « Les élèves étaient tellement impressionnés de recevoir cette reconnaissance qu’ils en ont presque perdu leurs mots ! » s’amuse Bertille. « Ils étaient heureux de voir leur projet récompensé, d’autant plus qu’ils s’étaient beaucoup investis. C’était une très belle façon de valoriser leur travail collectif et de leur donner encore plus confiance en eux. »
Ce beau travail ne s’est pas arrêté aux murs de la classe. À la demande du concours, Bertille a partagé son Cahier multimédia dans la Bibliothèque de l’ENT, découvrant par la même occasion la puissance de cet espace collaboratif.
« Je pensais que c’était simplement ma bibliothèque personnelle, je n’avais pas réalisé toute la dimension de mutualisation ! » avoue-t-elle. « C’est un outil particulièrement riche. On peut découvrir les ressources créées par d’autres enseignants, s’en inspirer, les adapter à ses propres besoins. Cela permet de gagner du temps et de faire circuler les idées pédagogiques. J’ai d’ailleurs déjà repéré des travaux qui m’intéressent sur les portraits de femmes, ou encore le harcèlement ! »
Poursuivre la prévention avec les professionnels de la cybersécurité
Parce que les usages numériques évoluent sans cesse, l’éducation à la citoyenneté numérique est un travail de tous les instants. Prochainement, un grand Temps fort dédié à la cybersécurité sera organisé par Édifice, avec l’intervention d’un expert du domaine. Une initiative saluée par Bertille Remoleux :
« C’est toujours intéressant pour les enfants d’avoir un professionnel qui vient leur expliquer les choses. Ils sont souvent plus attentifs, plus curieux et sortent de la routine de la classe. Avoir ce double discours permet de rendre les enjeux de la cybersécurité encore plus concrets pour eux. »
Un bel écho au travail déjà accompli par cette classe de CM1-CM2, désormais prête à surfer sur le web avec un regard aiguisé et responsable.


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