Intelligence artificielle : la FAQ des enfants
À l’occasion d’une rencontre avec les élèves de 6ᵉ A du collège Gabrielle Colette, Frédéric ORU, responsable IA et data chez Edifice, a répondu aux nombreuses interrogations des élèves sur l’intelligence artificielle. Fiabilité, dangers, utilité ou encore histoire de l’IA : les enfants ont posé de nombreuses questions aussi passionnantes pour les jeunes que pour les adultes. Découvrez une FAQ vivante et accessible pour aider les enseignants à aborder sereinement ce thème incontournable en classe.
Est-ce bien d’utiliser l’IA ? (Eva)
Ça dépend comment on l’utilise ! Si tu t’en sers pour t’expliquer des passages que tu ne comprends pas dans une leçon difficile, ou que tu lui demandes de te poser des questions pour réviser, c’est super ! Par contre, si tu t’en sers pour tricher, pour harceler ou pour créer de fausses images, c’est mal. En tout cas, c’est une question très importante que beaucoup d’adultes se posent. On parle d’éthique de l’IA : l’ensemble des règles morales qu’on doit suivre pour s’assurer que l’IA est utilisée de manière juste, respectueuse et pour le bien de tous.
Est-ce que l’IA est fiable ? Pouvons-nous lui faire confiance ? (Cassandre)
Non, pas aveuglément. Il ne faut jamais lui faire confiance à 100 %. L’IA fonctionne un peu comme un élève qui veut absolument avoir une bonne note et qui, s’il ne connaît pas la réponse, va préférer inventer quelque chose de très crédible plutôt que de dire « je ne sais pas ». On appelle ça des « hallucinations ». Elle peut te raconter une fausse biographie d’un personnage célèbre avec beaucoup d’assurance. Donc, l’IA est un excellent assistant pour te donner des idées ou résumer des textes, mais tu dois toujours garder ton esprit critique et vérifier les informations, exactement comme tu dois vérifier ce que tu trouves sur Internet ou sur les réseaux sociaux.
Pouvons-nous vivre sans l’IA ? (Jade)
On a vécu sans IA pendant des siècles, donc oui, on pourrait très bien vivre sans ! Mais ce serait très difficile de s’en passer aujourd’hui. Si on l’enlevait du jour au lendemain, ce serait le chaos : plus de GPS pour se guider, les livraisons de colis seraient en retard, les recherches sur les nouveaux médicaments prendraient beaucoup plus de temps, plus de moteur de recherche sur internet ou de recommandations de contenus sur les réseaux sociaux … L’IA est en train de devenir aussi indispensable qu’Internet ou l’électricité. On peut vivre sans, mais notre confort de vie et nos progrès scientifiques en prendraient un sacré coup.
Quelle a été la 1ère IA et en quelle année ? (Noé)
Les premières IA datent des années 1950, mais ça ne ressemblait pas beaucoup à ce que tu peux voir aujourd’hui. La première IA qui ressemble à ChatGPT, c’était Eliza en 1966. C’était un programme qui simulait une conversation avec un psychologue. Les gens discutaient avec ce programme et ils disaient qu’ils avaient l’impression de parler avec un humain qui les comprenaient. Pourtant c’était beaucoup moins évolué que les IA d’aujourd’hui.
Qui a créé l’IA ? (Vitaly)
Il n’y a pas un seul inventeur ou créateur de l’IA. Dans les années 1950, au tout début, il y a eu Alan Turing, John McCarthy ou Marvin Minsky. Aujourd’hui les grands noms de l’IA sont plutôt Yann LeCun (un français), Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton. Mais en fait, l’IA c’est le résultat du travail de milliers de mathématiciens, de neuroscientifiques (ceux qui étudient le cerveau) et d’informaticiens depuis 70 ans. C’est comme une cathédrale : chacun a posé sa pierre au fil des décennies pour arriver au résultat d’aujourd’hui.
Combien de temps a-t-on mis pour créer l’IA et combien de scientifiques ? (Marilou)
Cela a pris environ 70 ans de recherche acharnée. Il y a eu des périodes où ça avançait très vite, et des périodes qu’on a appelées les « hivers de l’IA », où plus personne n’y croyait. Au début, dans les années 50, ils n’étaient qu’une dizaine à travailler sur le sujet. Aujourd’hui, il y a des centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs dans le monde entier (aux États-Unis, en Chine, en Europe et ailleurs) qui travaillent sur le sujet chaque jour. C’est probablement l’un des plus grands efforts scientifiques de l’histoire humaine.
Quelle est l’IA la plus utilisée ? (Lilou)
Si tu parles de l’IA avec laquelle on discute, c’est ChatGPT qui est la plus célèbre aujourd’hui, mais les autres comme Claude, Gemini ou Mistral (le français !) progressent tous les jours. Mais en réalité, l’IA la plus utilisée est celle que tu ne vois pas. C’est l’algorithme de Google quand tu fais une recherche … sur Google. C’est l’algorithme de TikTok ou d’Instagram qui décide quelle vidéo te montrer pour que tu restes sur l’application. C’est aussi l’IA dans les appareils photos des smartphones qui corrige les couleurs automatiquement. Ces IA-là sont utilisées des milliards de fois par jour par presque tous les habitants de la planète, sans même qu’ils s’en rendent compte.
Pourquoi a-t-on créé l’IA ? (Tayller)
Comme pour n’importe quelle invention, au début c’est de la curiosité scientifique : comprendre comment fonctionne notre propre intelligence humaine en essayant de la reproduire artificiellement. Est-ce qu’on peut créer une « machine pensante »? C’est une question qui fascine beaucoup de monde. Aujourd’hui, les raisons sont devenues plus pratiques. On a créé des IA pour nous aider à faire des gros calculs en une fraction de seconde, par exemple pour prévoir le climat, pour analyser des millions de pages de documents sans se fatiguer, ou pour piloter des robots dans des endroits dangereux (comme sur Mars ou au fond des océans). Le but, c’est de nous « augmenter », de nous donner des super-pouvoirs intellectuels.
10) Est-ce que l’IA comprend vraiment ? (Sarah)
Il y a beaucoup de débats là-dessus. Quand tu discutes avec une IA, elle te répond si bien que tu peux avoir l’impression de parler avec quelqu’un qui réfléchit avec toi, qui te comprend, mais en réalité… non, c’est juste une illusion. L’IA ne « comprend » rien au sens humain. Elle ne sait pas ce qu’est la tristesse, la joie ou la vérité. Pour elle, les mots sont juste des nombres. Elle est simplement championne du monde pour deviner les mots qu’il faut mettre les uns derrière les autres pour former un texte cohérent. Beaucoup de spécialistes pensent que l’IA aujourd’hui est juste une sorte de perroquet hyper intelligent : elle a appris énormément de choses en lisant des tas de textes sur internet, elle condense toute cette connaissance et la réutilise pour te répondre. Mais pour l’IA, tout cela n’a pas de sens profond, c’est juste du calcul. Certains spécialistes pensent que, même si elle ne fait que calculer, elle imite ce qui se passe dans notre cerveau. Et donc, peut-être qu’elle a une sorte de compréhension de ce qu’elle fait. Personnellement, j’ai du mal à le croire. Je pense que nous, les humains, sommes plus que de simples machines à calculer. Pour vraiment comprendre les choses, il faut avoir un corps, ressentir des choses, pouvoir découvrir le monde en faisant des expériences, et pas seulement en lisant des textes.
11) Est-ce que l’IA a un centre où elle pompe toutes les informations ? (Mathéo)
Tu as peut-être entendu parler des “data center” ou “centre de données” en français ? Ce sont d’énormes hangars remplis de machines puissantes sur lesquelles s’exécutent les programmes d’intelligence artificielle avec lesquelles tu discutes. Mais, ce n’est pas de là qu’elles tirent les informations.
A la base, elles tirent leurs informations d’Internet. On entraîne l’IA à analyser une quantité massive de documents qu’on trouve sur Internet (on parle de millions de milliards de textes). Elle condense toute cette matière dans sa « mémoire » et ensuite elle n’a plus besoin de consulter les documents originaux pour te répondre. C’est un peu comme retenir l’essentiel d’une immense bibliothèque.
Le problème, c’est qu’après, elle n’apprend plus rien : elle ne fait qu’utiliser ce qu’elle sait pour te répondre … et elle invente ce qu’elle ne sait pas ! On la ré-entraîne de temps en temps, mais à un moment ou un autre, est elle est en retard par rapport aux actualités. Pour améliorer ça, on leur donne souvent un accès à Internet pour qu’elles puissent faire des recherches sur Internet et trouver des documents à jour qu’elles peuvent utiliser pour te répondre. Il faut faire attention parce que ces documents ne sont pas forcément bons, ça peut être des fausses informations, car l’IA ne sait pas bien faire la différence entre le vrai et le faux.
Il y a une dernière méthode, c’est de lui donner un document que tu as trouvé toi-même, dans lequel tu as confiance, et demander à l’IA de répondre à partir de ce document.
Combien de temps met-on pour entraîner l’IA ? (Vitaly)
Pour une petite IA simple, ça peut prendre quelques minutes ou quelques heures sur un gros ordinateur. Mais pour les modèles géants comme ceux qu’on utilise aujourd’hui, cela prend des mois entiers. Pendant des mois, des milliers de super-ordinateurs tournent à plein régime, 24h/24, pour lire et relire des milliards de textes et faire des connexions entre les mots. C’est d’ailleurs pour ça que ça coûte très cher (des dizaines de millions d’euros) et que ça consomme beaucoup d’électricité.
L’IA est-elle dangereuse ? (Iliane)
Dans le principe non, mais dans la pratique, elle peut l’être.
L’IA c’est un programme, une machine à calculer, très sophistiquée certes, mais qui n’est pas vivante. Elle n’a pas de corps biologique comme nous. Cela veut dire qu’elle n’a pas forcément d’instinct de survie, elle ne ressent pas d’émotions, elle n’a pas d’envies. L’IA fait juste ce qu’on lui demande de faire.
Mais le problème, c’est justement ça : si on demande à l’IA de faire des choses qui ne sont pas bien, elle va faire tout ce qu’elle peut pour les faire, et c’est là que ça devient dangereux. Heureusement, les créateurs des IA font beaucoup d’efforts pour qu’elles n’acceptent pas de faire des choses clairement mauvaises, comme créer des bombes ou des virus biologiques. Mais les sécurités ne sont pas parfaites, et des gens malintentionnés peuvent arriver à les contourner, par exemple pour diffuser des faux sites d’informations, ou générer des images truquées et dégradantes de quelqu’un.
C’est pour ça aussi qu’on vote des lois comme l’AI Act en Europe, pour interdire les usages dangereux et punir les gens qui le font quand même.
L’IA pourrait-elle un jour contrôler nos appareils ? (Romane)
C’est déjà un peu le cas, mais c’est parce qu’on le lui demande ! Si tu as une maison connectée, l’IA peut décider d’allumer le chauffage parce qu’elle prévoit que tu vas rentrer bientôt. Mais attention : elle ne peut pas « prendre le contrôle » par magie ou par volonté de pouvoir. Elle ne peut contrôler que les appareils auxquels on lui a donné accès. Si on ne la connecte pas à la machine à café, l’IA ne pourra jamais te faire un café de force ! Le risque, c’est plutôt le piratage : un humain malveillant peut utiliser l’IA pour essayer de prendre le contrôle de ton ordinateur. Mais il y a aussi des systèmes de sécurité informatique qui utilisent l’IA pour protéger les ordinateurs. C’est le jeu du chat et de la souris.
Est-ce que cela vous fait peur tous les ravages que peut faire l’IA ? (Jules)
Honnêtement ? Oui, un peu. Mais je pense que tous ensemble on réussira à maîtriser les problèmes que l’IA pourrait causer. Comme quand on a inventé la voiture : cela a apporté beaucoup de liberté, mais aussi des accidents et de la pollution. On a donc inventé le code de la route, les ceintures de sécurité et les pots catalytiques. Avec l’IA, on est à ce moment charnière. On voit les risques (désinformation, chômage, surveillance), et c’est à nous, humains, de mettre en place les « ceintures de sécurité » numériques. Je suis optimiste, mais prudent.
Le souci, c’est que l’IA va très, très vite. Elle se répand dans la société et elle change tellement vite qu’on ne sait pas si on aura le temps de bien comprendre tous les dégâts qu’elle pourrait causer pour poser les règles nécessaires pour la contrôler. Et en même temps, elle nous permet aussi d’aller beaucoup plus vite pour guérir des maladies, trouver des matériaux moins polluants, bref, régler des problèmes importants pour tout le monde.
Malgré tout, je suis plutôt optimiste. Je fais confiance à l’humanité et à sa capacité à faire en sorte qu’il y ait plus de gens positifs et responsables que de gens malfaisants à utiliser cette technologie. Et je fais ce que je peux pour contribuer au camp des gentils !
Est-ce qu’on peut savoir quelle est la question la plus posée à l’IA ? (Sihem)
Il n’y a que les fournisseurs d’IA comme OpenAI, Mistral ou Google qui peuvent le dire. Quelquefois ils publient des éléments mais on ne peut pas vérifier et ça change au fil de temps. Au début, les gens posaient des questions existentielles (« Quel est le sens de la vie ? Qu’est-ce que l’amour ») pour tester l’IA. Et ensuite des questions générales qui intéressent tout le monde : “Comment perdre du poids ?” “Comment devenir riche ?” Aujourd’hui, les questions sont très pratiques : « Peux-tu résumer ce texte ? », « Traduis ce mail en anglais », « Donne-moi une idée de recette avec ce qu’il y a dans mon frigo ».
Vous servez-vous de l’IA et pourquoi ? (Malone)
Absolument, Malone, je m’en sers tous les jours. Je m’en sers beaucoup pour programmer : quand je crée un logiciel, l’IA m’aide à écrire des lignes de code répétitives ou à trouver mes erreurs (les bugs). Je m’en sers aussi pour résumer des réunions ou pour préparer des présentations importantes. Et aussi, à la maison je discute souvent avec une IA pour m’aider à comprendre des sujets compliqués en mathématiques ou en informatique. C’est ma passion 🙂.
Revoir la Rencontre Inspirante sur l’IA avec les écoliers
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